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Notre histoire
À vous qui accompagnez notre aventure,
Nous sommes artisans du thé, attachés à un savoir-faire patient, à la précision des gestes et au respect du vivant. Dans les Hauts de La Réunion, chaque feuille cueillie porte une part du paysage qui l’a vue grandir : l’altitude, les pluies, les sols, les vents, la lumière et l’histoire.
Notre parcours agricole ne s'est pas construit selon une trajectoire linéaire ni sous l'effet d'un programme prédéfini. Il s'inscrit plutôt dans une accumulation progressive d'expériences, de rencontres, d'observations et de choix personnels. Bien avant de travailler ensemble, Pascal et moi évoluions déjà dans des univers ruraux tropicaux distincts. Lui puisait ses références dans l'espace indianocéanique et la culture agricole réunionnaise ; de mon côté, certaines de mes expériences et centres d'intérêt me conduisaient vers des problématiques observées en Afrique de l'Ouest. Ces trajectoires différentes ont progressivement nourri notre regard sur l'agriculture, sur les territoires et sur les rapports que les sociétés entretiennent avec leur environnement.
Entre 1995 et 1998, nous étions encore en formation agricole. À La Plaine des Palmistes comme à La Plaine des Cafres, nos semaines étaient rythmées par les cours, les stages, les travaux de week-end et les vacances passées dans les exploitations agricoles. Cette période correspond également à une phase de mutation du monde rural réunionnais. De nombreux éleveurs évoquaient déjà les difficultés croissantes à recruter de la main-d'œuvre. Les jeunes générations se détournaient progressivement des métiers agricoles, attirées par d'autres secteurs d'activité ou par de nouvelles perspectives offertes par la société réunionnaise en pleine transformation.
Cette évolution était perceptible au quotidien. Les exploitations qui reposaient autrefois sur une forte disponibilité de travail familial ou salarié devaient progressivement s'adapter à un contexte où la main-d'œuvre devenait plus rare. Cette situation constituait l'un des nombreux signes des changements sociaux qui traversaient alors les campagnes réunionnaises.
À la sortie de nos formations, nos trajectoires professionnelles se sont différenciées. Pascal s'est orienté vers l'élevage bovin allaitant tandis que je me suis engagé dans la production laitière conventionnelle. Pourtant, malgré ces spécialisations différentes, nous continuions à partager un même univers professionnel. Au fil des années, en travaillant auprès de nombreux agriculteurs, nous avons appris à connaître la diversité des systèmes agricoles réunionnais, leurs contraintes techniques, leurs équilibres économiques, mais aussi les valeurs et les représentations qui les sous-tendent.
C'est dans ce contexte que nous avons rencontré Olivier Salerno. Instituteur de profession, il occupait également une place particulière dans les réseaux agricoles alternatifs de l'époque. Son rôle dépassait largement celui d'un simple observateur. Par sa pédagogie, sa capacité d'écoute et son engagement en faveur d'une agriculture plus respectueuse des milieux naturels, il contribuait à faire circuler des idées nouvelles au sein du monde agricole réunionnais.
Une relation d'amitié s'est rapidement développée. Olivier possédait cette capacité rare à susciter la réflexion sans jamais imposer ses convictions. Il comprenait les réalités économiques auxquelles les agriculteurs étaient confrontés et savait que les évolutions techniques ou idéologiques ne pouvaient être dissociées des contraintes concrètes de la vie agricole. À travers nos échanges, il nous amena progressivement à interroger nos propres pratiques et à envisager d'autres manières de produire.
Dans cette période de questionnement, l'expérience de Pascal occupait une place particulière. Son rapport à l'agriculture était profondément ancré dans une culture réunionnaise transmise par sa famille et son entourage. Cette transmission ne relevait pas uniquement de techniques de production. Elle concernait également une manière d'habiter le territoire, de comprendre les cycles naturels, de valoriser l'autonomie et de penser les relations entre l'homme, l'animal et son environnement.
Au fil des années, j'ai moi-même été fortement influencé par cette vision. Elle m'a permis de mieux comprendre certaines dimensions de la société réunionnaise : le rapport à l'insularité, l'importance de l'autosuffisance, l'attachement à la terre, aux savoir-faire et à l'indépendance des outils de production. Derrière ces pratiques agricoles se dessinent en réalité des représentations plus larges du territoire et de son avenir.
L'élevage développé par Pascal illustre particulièrement cette philosophie. Son système repose sur une recherche d'autonomie maximale des troupeaux et sur une utilisation extensive des ressources naturelles disponibles. Dans ce modèle, l'animal doit tirer l'essentiel de ses besoins alimentaires de son environnement plutôt que d'intrants importés. Cette approche a parfois suscité l'incompréhension de certains observateurs habitués aux modèles d'élevage plus intensifs. Pourtant, les visiteurs qui prenaient le temps d'observer les troupeaux constataient généralement des animaux en bonne santé, robustes, bien adaptés à leur milieu et capables de valoriser efficacement les ressources du territoire.








Bruno Rivière
Benoit Morel


Johnny Guichard






Pascal Picard
Marché Saint Joseph, le vendredi matin
Militan
Je me souviens notamment d'une visite effectuée avec un ingénieur du CIRAD proche de la retraite. Au détour d'une parcelle, nous nous sommes retrouvés face à un taureau impressionnant, dont le poids approchait probablement la tonne. Cette rencontre constituait pour lui une démonstration concrète qu'un autre modèle d'élevage était possible, en dehors des schémas techniques dominants.
Ces réflexions nous conduisaient régulièrement à débattre de la question de l'autonomie insulaire. Pascal revenait souvent à une interrogation simple : « Que se passe-t-il si le bateau ne rentre plus à La Réunion ? »
Derrière cette question se cache une réflexion profonde sur la dépendance des territoires insulaires. La Réunion importe aujourd'hui une part importante de ses ressources alimentaires, énergétiques et matérielles. Pourtant, la mémoire collective conserve le souvenir des périodes de pénurie et d'isolement. Cette vulnérabilité structurelle nourrit encore aujourd'hui des réflexions sur l'autosuffisance, la résilience territoriale et la capacité de l'île à assurer sa propre subsistance.
C'est également dans ce contexte qu'Olivier nous proposa de participer à la création de l'association Plaine Nature aux côtés d'autres agriculteurs de La Plaine des Palmistes. Cette structure constituait un espace de réflexion collective où se rencontraient différentes sensibilités agricoles. Pour beaucoup d'entre nous, elle fut une porte d'entrée vers les principes de l'agriculture biologique et vers une vision renouvelée des relations entre agriculture, environnement et territoire. Le nationalisme.
Par son intermédiaire, nous avons également rencontré Bruno Rivière, figure importante du mouvement biologique réunionnais et acteur engagé au sein du CIVAM puis de Cœur Vert. Son projet de relance du café Bourbon Pointu retenait alors l'attention de nombreux agriculteurs. Plus encore que le projet lui-même, c'est sa détermination, son engagement et sa capacité à défendre une vision agricole cohérente qui nous ont marqués.
En 2003, Olivier me proposa l'accès à une propriété d'environ vingt hectares composée de friches où se mêlaient goyaviers, végétation indigène, espèces endémiques et anciens théiers. Ne souhaitant pas exploiter personnellement ce terrain, je proposai à Pascal de l'étudier. Il cherchait alors une solution pour regrouper ses troupeaux et développer de nouvelles activités agricoles.
Les contraintes réglementaires se renforçaient progressivement et la gestion extensive des bovins sur les grands espaces du volcan devenait de plus en plus complexe. Historiquement, ces espaces étaient utilisés collectivement par plusieurs éleveurs qui partageaient la surveillance et la conduite des troupeaux. La disparition progressive de ces organisations collectives rendait ce mode d'élevage plus difficile à maintenir.
C'est dans ce contexte qu'émergea l'idée d'un projet de diversification dont le thé constituerait l'un des piliers. Cette orientation allait profondément influencer la suite de nos trajectoires agricoles. Plus de trente ans après nos débuts, les réflexions initiées à cette époque continuent encore aujourd'hui à structurer notre manière de penser l'agriculture, le territoire et notre place au sein de celui-ci.
Autour du CIVAM gravitaient alors de nombreux agriculteurs du Sud de La Réunion : Benoît Morel, Patrick Fontaine, Johnny Guichard, Bruno Rivière et bien d'autres. Ces réseaux constituaient des lieux d'échanges où se construisaient de nouvelles visions de l'agriculture réunionnaise. À travers leurs expériences et leurs débats, ils participaient à une réflexion collective sur l'avenir de l'île, sur son autonomie alimentaire et sur la nécessité de développer des systèmes agricoles davantage adaptés aux réalités écologiques, économiques et culturelles du territoire réunionnais.
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